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dimanche 25 juillet 2010

Régis Jauffret, ou l'errance au conditionnel.



Hophophop, bobo Télérama, Critique littéraire aujourd'hui. Pas très critique en fait. j'aime beaucoup Régis Jauffret. D'ailleurs c'est l'un des rares auteurs français contemporains que je connaisse (on notera l'abondance de sous catégories :D ) que je puisse sacquer. Merci pour lui.
Moins de 14 ans, gare à vous, Régis Jauffet n'est pas Anna Gavalda (oui, j'ai dit que je l'aimais bien.), chez lui une histoire d'amour commence par un viol, se poursuit par un viol, et se termine sur un viol ( allusion à l'un de ses romans qui m'a profondément marquée, "Une histoire d'amour").
Si vous voulez faire le tour de son pessimisme et des entrailles de son monde, qui est aussi le notre, en forme de Gotham City sans Batman pour sauver les grands-mère, je vous conseille de commencer par quelques Microfictions, 500 nouvelles d'une page, une page et demi, qui vous arrachent littéralement les tripes. On se croirait dans un autre monde, et puis en ouvrant bien les yeux, on réalise que c'est du notre dont il s'agit, cette part du monde alcoolique, violente, déchirée et essouflée que l'on passe notre vie à essayer d'oublier.
Le monde, la France, les hommes sont réduits à leurs pensées les plus vénales, perverses, morbides. A leur chair. Chaque chute ressemble à ces phrases qu'on aimerait bien prononcer à 14 ans, pour la provoc', mais qui restent dans nos têtes.

Le tour de force de Régis Jauffret, c'est l'hypothèse. Le conditionnel. L'impression que tout ce qui est dit n'est jamais plus qu'une possibilité de vie. Dans les Microfictions, la brièveté des histoires nous laisse penser qu'après tout, puisque c'est si court, cela ne doit pas être vrai. L'auteur n'est pas là pour nous dire la vérité. Il est la pour nous proposer de la voir, à nous de l'accepter ou de rester dans le conditionnel qu'il utilise tout au long de Promenade, roman dans lequel l'errance est poussée à son paroxysme. Pas de but, pas d'envies, juste cette errance au conditionnel. Tout ce que Régis Jauffret nous montre est une perception de la vie comme un noeud de probabilités infimes.

Autant vous dire que c'est pas réjouissant réjouissant, mais c'est étonnamment puissant et hypnotique.
Si les yeux de Régis Jauffret sont durs, ce qu'il nous raconte aussi. Farandole d'enfants abandonnés, d'ex-rockers sexagénaires, de ratures de flics, de PDG pourris, de prostituées sans salaire. Enchaînements de morts, de vols et viols, d'arnaques et d'atrocités verbales sans scrupules.
A vous de voir si le monde est tel que le décrit Régis Jauffret ou si ce qu'il nous propose n'est pas l'une des multiples faces que le monde aurait pu prendre ...

Elle refuserait dorénavant de se laisser entraîner par les raisonnements funestes qui l'emmaillotaient. Et quand elle marcherait dans la rue, la foule lui semblerait un ruban continu de personnes anonymes. Elle s'abstiendrait d'imaginer leur existence, leur mode de vie, leur manière abjecte de se moucher au-dessus de la poubelle et de penser parfois au suicide en faisant sauter des crêpes pour leur neveux.
Régis Jauffret, Promenade.





jeudi 3 juin 2010

Attente, Absence et Absurde.



Avant tout, observez ces yeux.

Effectivement, ils sont bleus, ils semblent vides, mais sont aussi intelligents et créateurs que la voix de Michel Foucault. Je pose le sujet : ce sont ceux de Samuel Beckett.
Cet homme sait tout, je vous préviens, il a tout compris, tout montré, si ses yeux sont si transparents, c'est sans doute qu'ils absorbent le monde et la condition humaine sans fioritures. On ne rigole pas avec Beckett.. ou peut être que si, parfois, entre deux répliques de Hamm, Willie ou Pozzo.
A poor lonesome cowboy, un homme sans influences, si ce n'est un semblant de Purgatoire à la Dante dans ses lignes. Après avoir vaguement montré sa science dans quelques essais ; Dante, Proust, dramaturgie italienne...sur les conseils de l'autre ami irlandais, j'ai nommé James Joyce, qu'un jour nous parviendrons peut-être à lire, il rompt avec l'érudition qu'il avait déjà largement démontrée, et commence la construction d'une oeuvre charnière pour la littérature du 20ème siècle.

Samuel Beckett créée un genre nouveau, non pas le théâtre de l'absurde à la Ionesco comme on pourrait le penser, mais du théâtre de l'absurde irlandais. Un théâtre et des romans, je m'en voudrais de ne pas les mentionner (minute "ma vie" : je lis actuellement l'un des trois tomes de sa trilogie sur la condition humaine : Molloy) marqués par un profond pessimisme. Ce pessimisme qui trouve son essence dans l'attente et l'absence (l'attente de l'absence ?)
Plus d'humains, seulement des monstres. Pas des Éléphant Man, ni des Jack l'éventreur, non, pas des monstres en ce sens, mais plutôt des Hommes. Donc des monstres. Voilà la corrélation. L'Homme hait le monstre et l'Homme est le monstre. Flagrant dans Fin de partie, plus discret dans En attendant Godot, cet aspect de la littérature n'est pas nouveau, mais matérialisé et exacerbé chez notre homme.

On l'a accusé de tous les torts, de sous-écrire, de sur-écrire, mais le plus souvent, Beckett sait poser ses mots. Que voulez vous. Monsieur est normalien, Monsieur est ami avec James Joyce, et avant tout, Monsieur est d'une intelligence rare! Incommunicabilité, frivolité du quotidien, matérialisme, irrévocabilité de la mort, impossibilité ou inutilité du carpe diem.
Peut-être que j'ai faux sur toute la ligne, mais Beckett me dérange et m'émeut, le plaisir qu'il prend à jouer avec la langue française me touche.
Si une chose peut lui être reprochée (et je suis draconienne), c'est peut être la grande homogénéité de son oeuvre, sa constance. Mais bon. Ça reste Beckett, et Beckett, ses rides, ses yeux, ses livres, je les aime.


P.S. : oui, je sais, ça fait deux photos ridées de suite, mais que voulez vous, je suis sentimentale et la vieillesse m'émeut. Louise et Samuel sont magnifiques dans leur vieillesse et dans leurs rides.